{"id":2066,"date":"2009-01-15T17:44:27","date_gmt":"2009-01-15T15:44:27","guid":{"rendered":"http:\/\/wlcu.biz\/?p=2066"},"modified":"2017-02-26T09:09:39","modified_gmt":"2017-02-26T07:09:39","slug":"la-culture-arabe-en-trois-temps-a-lunesco-15-january-2009","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/2066\/","title":{"rendered":"La culture arabe en trois temps \u00e0 l\u2019Unesco &#8211; 15 January 2009"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par Bahjat RIZK<\/strong><\/p>\n<p>Le si\u00e8ge de l\u2019Unesco \u00e0 Paris a v\u00e9cu durant trois soir\u00e9es cons\u00e9cutives \u00e0 l\u2019heure de la culture arabe \u00e0 travers trois manifestations couvrant le Liban, le Maroc et la Palestine. Sans vouloir les comparer car chacune rel\u00e8ve d\u2019un contexte et d\u2019une logique qui lui sont propres, il est int\u00e9ressant de les rapprocher (unit\u00e9 du temps et de l\u2019espace).<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, le 25 novembre, \u00e0 l\u2019occasion de la 65e f\u00eate nationale et du 125e anniversaire de la naissance de Gibran Khalil Gibran, la d\u00e9l\u00e9gation du Liban a parrain\u00e9 un spectacle de chants et de danses autour de Gibran, organis\u00e9 par l\u2019Union libanaise culturelle mondiale. Nicole Mouradian a opt\u00e9 pour une mise en sc\u00e8ne dynamique qui faisait se succ\u00e9der, parfois de mani\u00e8re impromptue, plusieurs artistes fran\u00e7ais et libanais r\u00e9unis, chacun dans son art, pour un hommage autour de Gibran. Le public, nombreux (plus de 1 000 personnes), a pu (re)d\u00e9couvrir et ovationner : la merveilleuse Patricia Atallah avec la chorale de Notre-Dame du Liban, la chorale des enfants de la maison Saint-Charbel \u00e0 Suresnes et le tr\u00e8s virtuose Georges Daccache, interpr\u00e8te et compositeur (dont c\u2019est la troisi\u00e8me prestation \u00e0 l\u2019Unesco, notamment avec sa sublime cr\u00e9ation d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la vall\u00e9e de la Qadisha) ; l\u2019\u00e9clatante Tania Kassis (qui avait, en juin 2007, donn\u00e9 un concert intitul\u00e9 \u00ab \u00c9ternel Liban \u00bb sous le patronage de la d\u00e9l\u00e9gation du Liban) ; la tr\u00e8s \u00e9nergique V\u00e9ronique Soufflet qui incarne, avec son mari Ghassan Tarabay et sa troupe, la providentielle rencontre de l\u2019Orient et de l\u2019Occident, et dont une grande partie du r\u00e9pertoire est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Gibran et au Liban ; des apparitions vocales de Nicole Mouradian elle-m\u00eame ; une contribution fort appr\u00e9ci\u00e9e de la rayonnante et subtile danseuse Souraya Baghdadi et sa troupe, qui parvient, comme par enchantement, \u00e0 allier le myst\u00e8re et la s\u00e9duction de l\u2019Orient avec la libert\u00e9 fluide et calcul\u00e9e de l\u2019Occident ; une cr\u00e9ation quasi onirique du compositeur inspir\u00e9 Jamal Aboul Hosn (venu sp\u00e9cialement avec sa troupe du Liban) faisant \u00e9voluer sur sc\u00e8ne des danseurs animant les toiles de Gibran reproduites sur grand \u00e9cran, et nous plongeant dans le vertige spirituel et charnel de son monde contrast\u00e9, produit par la violence des passions, mais pacifi\u00e9 par l\u2019amour universel. Le chanteur Francis Lalanne et l\u2019animateur Patrice Laffont ont g\u00e9n\u00e9reusement et grandement contribu\u00e9 \u00e0 cette soir\u00e9e par la ma\u00eetrise de leur art et leur engagement pour le Liban. La r\u00e9v\u00e9lation inattendue de cette soir\u00e9e a \u00e9t\u00e9 l\u2019humoriste tr\u00e8s vivant Yass (Libanais du S\u00e9n\u00e9gal), qui, avec beaucoup d\u2019audace, de talent et de vivacit\u00e9, a pu introduire des moments de tendre ironie et de complicit\u00e9 critique vis-\u00e0-vis de ses compatriotes, d\u00e9crivant leurs travers et les faisant rire d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Certes, tous ces talents se sont exprim\u00e9s chacun selon ses dons, mais m\u00eame si le fil conducteur n\u2019\u00e9tait pas clairement \u00e9tabli, cette d\u00e9marche saccad\u00e9e et \u00e9clat\u00e9e autour de Gibran \u00e9tait \u00e0 la fois une pri\u00e8re qui lui \u00e9tait adress\u00e9e et une illustration libre de sa pens\u00e9e. M\u00eame si les fronti\u00e8res dans l\u2019adaptation subjective et l\u2019interpr\u00e9tation sont souvent floues quand on change de registre. Cela rel\u00e8ve de la dynamique artistique. D\u2019une certaine mani\u00e8re, le Liban, \u00e0 travers cette soir\u00e9e vari\u00e9e, se regardait vivre, mais \u00e9tait \u00e9galement confront\u00e9, tel \u00e0 travers un kal\u00e9idoscope, \u00e0 ses multiples facettes.<\/p>\n<p>Le lendemain 26 novembre, c\u2019\u00e9tait au tour du Maroc de c\u00e9l\u00e9brer \u00ab F\u00e8s, reine des villes \u00bb dans le cadre des c\u00e9l\u00e9brations officielles du 1 200e anniversaire de la fondation de la ville de F\u00e8s inscrite au patrimoine mondial de l\u2019humanit\u00e9. D\u00e8s le d\u00e9part, l\u2019ambassadrice du Maroc, Mme Aziza Bennani (ancien recteur d\u2019universit\u00e9 et ancienne pr\u00e9sidente du conseil ex\u00e9cutif de l\u2019Unesco) a dress\u00e9 le cadre de la soir\u00e9e \u00e0 travers son discours inaugural, mettant en avant les valeurs de la diversit\u00e9 culturelle, de la tol\u00e9rance, et surtout de l\u2019ouverture \u00e0 la modernit\u00e9 et aux droits de l\u2019homme que poursuit le Maroc sous l\u2019impulsion de son jeune roi. Elle a \u00e9t\u00e9 suivie par le concepteur du spectacle qui a expos\u00e9 sa d\u00e9marche couvrant en premi\u00e8re partie l\u2019histoire de la ville de F\u00e8s (fond\u00e9e en 808 par Idriss Ier venu de Bagdad et par Kenza) puis la fondation par Fatima de l\u2019Universit\u00e9 de Qarawan pr\u00e9c\u00e9dant de loin les diverses universit\u00e9s occidentales prestigieuses (Oxford, Sorbonne). Il a mis l\u2019accent sur la contribution politico-culturelle des femmes. La seconde partie mettait en sc\u00e8ne l\u2019histoire du Maroc des cent derni\u00e8res ann\u00e9es. Le spectacle de danses et de musiques tr\u00e8s vari\u00e9es (chants en arabe, amaghiz, h\u00e9breux, fran\u00e7ais) \u00e9tait con\u00e7u et produit de mani\u00e8re tr\u00e8s rationnelle, presque lin\u00e9aire, avec un parfait agencement des diff\u00e9rents tableaux qui se succ\u00e9daient en ordre, dans la continuit\u00e9. Le spectacle libanais \u00e9tait plus risqu\u00e9 et plus in\u00e9gal, faisant alterner les pics et les chutes alors que le spectacle marocain s\u2019est maintenu durant deux heures dans le m\u00eame rythme et la m\u00eame th\u00e9matique. Le public a plus vibr\u00e9 avec le Liban, mais plus appris avec le Maroc.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me soir, 27 novembre, \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la Journ\u00e9e internationale de solidarit\u00e9 avec le peuple palestinien (d\u00e9cid\u00e9e par l\u2019ONU en 1977, proclam\u00e9e le 29 novembre pour marquer l\u2019adoption en 1947 du plan de partage, et pour \u0153uvrer \u00e0 un r\u00e8glement juste, global et permanent de la question palestinienne) dont le th\u00e8me cette ann\u00e9e \u00e9tait un hommage \u00e0 Mahmoud Darwich, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 il y a quelques mois, avec la participation du grand musicien Marcel Khalif\u00e9. J\u2019ai souvent assist\u00e9 \u00e0 cette journ\u00e9e \u00e0 l\u2019Unesco avec, \u00e0 plusieurs reprises, la participation active de l\u2019exceptionnel Mahmoud Darwich, porte-drapeau de la cause palestinienne, et l\u2019incomparable Marcel Khalif\u00e9, devenu lui-m\u00eame le porte-parole musical du premier. Les deux artistes ont longtemps form\u00e9 un tandem de choc qui bouleversait les foules et les mettait en \u00e9moi. Le brillant \u00c9lias Sanbar, un des grands intellectuels arabes dans la capitale fran\u00e7aise, lui-m\u00eame traducteur de Mahmoud Darwich, tr\u00e8s souvent pr\u00e9sent dans les m\u00e9dias occidentaux, observateur permanent de la Palestine aupr\u00e8s de l\u2019Unesco, a, de mani\u00e8re tr\u00e8s sobre, inaugur\u00e9 la soir\u00e9e, suivi d\u2019une film documentaire ; la lecture du po\u00e8me Le lanceur de d\u00e9s par Mahmoud Darwich lui-m\u00eame dans sa derni\u00e8re intervention po\u00e9tique, avant les chants r\u00e9volutionnaires d\u00e9sormais l\u00e9gendaires de Marcel Kahlif\u00e9, empreints cette fois-ci (\u00e0 cause de la circonstance) d\u2019une inhabituelle solennit\u00e9. Je dois reconna\u00eetre que quel que soit mon \u00e9tat d\u2019\u00e2me, Marcel Khalif\u00e9 chantant Mahmoud Darwich (Oummi, Rita, Mohammad, Ana Yousouf ya Abi, Taalim huriya, al-An fil manfa, Salamone alayki) me remue \u00e0 chaque fois, et me plonge dans un ab\u00eeme indescriptible de douleur et de joie, de d\u00e9tresse et de ferveur.<\/p>\n<p>Le Libanais engag\u00e9 chantant le Palestinien engag\u00e9 remet en avant la douleur de 60 ans d\u2019occupation (1948), et de 33 ans de guerres internes et r\u00e9gionales (1975). \u00c0 nouveau, le dialogue des cultures et des trois religions monoth\u00e9istes qui concentrent dans cette r\u00e9gion trois fois sainte toute la violence symbolique et r\u00e9elle du monde. J\u2019\u00e9tais parti le premier soir du 125e anniversaire de la naissance d\u2019un po\u00e8te universel, Gibran (1889-1931), qui avait port\u00e9 un message de paix et d\u2019\u0153cum\u00e9nisme au monde entier (Le Proph\u00e8te) et avait contribu\u00e9 \u00e0 moderniser la langue arabe (avec le mouvement des \u00e9crivains de la Renaissance arabe : al-Nahda). (Nous venons d\u2019ailleurs de d\u00e9cerner le prix France Liban de l\u2019Adelf au livre de Boutros Hallak, Gibran et la refondation litt\u00e9raire arabe) et j\u2019\u00e9tais en train de pleurer un autre po\u00e8te mondial, Mahmoud Darwich (1941-2008), qui venait de mourir, ayant port\u00e9 par les mots la cause de son peuple. Durant trois jours et \u00e0 travers leur probl\u00e9matique identitaire, trois pays arabes avaient c\u00e9l\u00e9br\u00e9 leur culture, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, dans ce temple symbolique des cultures du monde.<\/p>\n<p>Article paru le vendredi 12 d\u00e9cembre 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Bahjat RIZK Le si\u00e8ge de l\u2019Unesco \u00e0 Paris a v\u00e9cu durant trois soir\u00e9es cons\u00e9cutives \u00e0 l\u2019heure de la culture arabe \u00e0 travers trois manifestations couvrant le Liban, le Maroc et la Palestine. Sans vouloir les comparer car chacune rel\u00e8ve d\u2019un contexte et d\u2019une logique qui lui sont propres, il est int\u00e9ressant de les rapprocher &#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[1027],"tags":[],"class_list":["post-2066","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-opinions"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2066","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2066"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2066\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19361,"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2066\/revisions\/19361"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2066"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2066"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wlcu.world\/ng\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2066"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}